La CGT s'exprime à Hiroshima

Publié le par Délégation ONU Rennes pour TNP 2010

William LIS qui reprente la CGT a pris la parole au meeting international aujourdhui

Voici le texte de l'intervention qu'il a bien voulu nous communiquer 

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Déclaration de la CGT à la Conférence mondiale 2010 contre les bombes A et H.

 

Mes chers collègues,

 

Nous sommes réunis pour commémorer le 65 ° anniversaire de l’utilisation de l’arme atomique, ici à Hiroshima. Je fais cette intervention au nom de la CGT, syndicat français membre de la CSI.

 

Pour commencer, je voudrais dire à quel point les questions de paix et de désarmement sont un axe fort de l’action de notre organisation.

Je citerai simplement un paragraphe du préambule de nos statuts : « La CGT agit pour promouvoir  … le plein exercice de la citoyenneté, la défense de l’environnement, pour la paix et le désarmement, pour les droits de l’homme et le rapprochement des peuples ».

Et dans ce cadre, nous oeuvrons bien naturellement pour un monde sans arme nucléaire.

 

Aujourd’hui, face au risque réel de dissémination de l’arme nucléaire, la seule réponse crédible et susceptible de dissuader d’autres pays de disposer de cette arme, c’est d’abord de stopper tout développement de la miniaturisation de l’arme nucléaire et de réengager un programme mondial de désarmement nucléaire complet, multilatéral, progressif et qui concerne au premier chef les grandes puissances nucléaires dont bien sûr la France.

En parallèle de ce traité de non prolifération et de désarmement, il faut renforcer les moyens de contrôle de l’Agence Internationale de Contrôle de l’Energie Atomique et faire appliquer les dispositions des accords, par des voies pacifiques mais qui n’excluent pas des sanctions.

 

Au-delà de la question des armes nucléaires, il s’agit de parvenir à un monde sans aucune arme de destruction massive.

Concernant ces armes de destruction massive autres que nucléaires, c'est-à-dire les armes bactériologiques ou chimiques, il s’agit de trouver les moyens efficaces de faire appliquer les accords internationaux existants et qui ont été signés par tous les états.

C’est évidement au niveau des institutions internationales qu’il faut mettre en place des moyens, notamment des moyens de contrôle du respect par les états des décisions prises.

Sur un sujet aussi grave, on ne peut pas se contenter d’un simple affichage et de grandes déclarations de principe alors que des états continuent à développer dans l’ombre des produits pouvant causer d’immenses préjudices à l’humanité tout entière.

 

Les promoteurs des armes de destruction massive notamment nucléaires s’appuient souvent sur le concept de dissuasion. Pourtant, à l’évidence, ces armes issues de la guerre froide et de la logique de blocs n’ont pas permis au cours de ces dernières années d’éviter la guerre.

Ces deux dernières décennies, la nature des conflits a beaucoup changé. Depuis la chute du mur de Berlin, 90% des guerres ne sont pas des guerres entre états.

 Nous vivons aujourd’hui de nombreuses guerres de sécession dans lesquelles des régions ou des groupes ethniques tentent de se séparer d’un état, en particulier dans des pays pauvres du continent africain qui concentre à lui seul près de la moitié des conflits.

 

La guerre s’exprime aussi aujourd’hui à travers le terrorisme et alors que depuis toujours les guerres qui utilisent le terrorisme permettaient d’identifier un adversaire, géographiquement situé et défendant une cause, la communauté internationale est aujourd’hui confrontée et doit s’adapter à une lutte contre un adversaire mal identifié, qui ne se définit pas par son pays et dont les revendications sont complexes.

Face à ces nouveaux conflits, les moyens de défense sont nécessairement différents de ce qu’ils étaient autrefois. Pourtant, les armes de destruction massive demeurent et avec elles le moyen d’une folie humaine qui pourrait anéantir en quelques instants tout ou partie de notre monde.


En plus de nos efforts pour obtenir des accords de désarmement, la disparition des armes nucléaires passe aussi par la consolidation et la promotion de la paix.

« La culture de la paix, c’est l’ensemble des valeurs, des attitudes et des comportements qui traduisent le respect de la vie, de la personne humaine et de sa dignité, de tous les droits de l’homme, le rejet de la violence sous toutes ses formes et l’attachement aux principes de liberté, de justice, de solidarité de tolérance et de compréhension tant entre les peuples qu’entre les groupes et les individus ».

Cette approche de l’Unesco est partagée par la CGT.

Mais pour qu’elle ne reste pas une déclaration d’intentions, il est indispensable de développer des éléments fondamentaux inséparables comme la sécurité, le développement socio-économique, la construction d'institutions politiques, la réconciliation...

Comme syndicaliste et dans le temps qui m’est imparti, j’insisterai sur la dimension socio-économique.

 

La mondialisation est un processus en accélération sur tous les plans, financier, économique, technologies de l’information et de la communication, restructurations des entreprises, …

Mais telle qu’elle est conduite aujourd’hui par les grandes entreprises multinationales et les gouvernements d’orientation libérale, elle génère des inégalités renforcées et l’exclusion de la majorité des populations. Seule une minorité en profite.

Cette politique ne peut générer que frustrations et conflits et ne va pas dans le sens de la paix.

Il nous donc faut changer le cours de la mondialisation afin que celle-ci profite à tous équitablement, permette aux plus en retard de rattraper les autres, d’harmoniser vers le haut les situations sociales afin de réduire partout le dumping social. Il s’agit de réguler la mondialisation en l’encadrant par  des règles sociales et environnementales qui assurent progrès social et protection de la planète pour les générations à venir. Cela doit s’accompagner de services publics ne s’inscrivant pas dans les règles classiques de libre concurrence, pour permettre à tous, quel que soit leur niveau de revenu et leur lieu de résidence, l’accès aux biens essentiels que sont la santé, l’éducation, l’énergie, l’eau, les transports …

 

Ces réformes socio-économiques, porteuses de bien être, seraient de nature à promouvoir la paix et à faire reculer la guerre. 

Mais les marchés financiers tirent profit des inégalités, des rivalités et des conflits.

Nous avons donc besoin de gouvernances nationales et mondiales démocratiques qui permettent avec l’intervention des citoyens, de leurs organisations syndicales et associatives, de répartir équitablement les fruits de la croissance dans le souci d’un intérêt général durable et non aux profits de quelques uns.

 

Depuis quelques mois, dans le contexte de crise économique mondiale que nous connaissons, il est plus que jamais indispensable de réorienter les dépenses d’armement vers des besoins civils.

 Il faut agir maintenant pour stopper la spirale des dépenses militaires, devenues dans les grands pays industrialisés encore plus inacceptables à un moment où le niveau de vie de centaines de millions de citoyens accuse un recul sensible et rapide.

Le développement ou l’entretien des programmes militaires traditionnels ou nucléaires se réalisent dans des pays où l’argent public serait bien mieux utilisé à d’autres actions, pour répondre aux besoins sociaux des populations et aplanir les déséquilibres entre pays et continents.

 

Je conclurai en rappelant que quelle que soit la forme que prennent les conflits, la guerre reste avant tout une catastrophe humaine. 75 % de ceux qui y sont tués sont des civils, sans compter le nombre de blessés, d’handicapés et de réfugiés.

L’holocauste nucléaire représente le sommet de l’horreur de la guerre et l’histoire de cette ville dans laquelle nous nous trouvons nous le rappelle.

Pour que jamais une telle catastrophe ne se reproduise, pour mettre l’humanité à l’abri de sa propre folie, nous devons agir pour la suppression de toutes les armes nucléaires et défendre toutes les valeurs qui sont porteuses de paix.

Merci de votre attention.

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